Les deux amours d’Henriot De
« Le rêve, sous l’empire de l’amour »
Henriot agit sous l’empire de deux amours : celui des idées et celui d’une fleur ayant nom Pamela Julien.
Lepremier, Henriot sait là où il habite : à l’université, chez ses amis invisibles (les auteurs vivants ou disparus), dans le commerce des esprits.
Le second se cultive dans le parterre d’une famille riche à millions. Il s’incarne dans la personne d’une fleur spéciale, belle, ravissante, mais ayant un cœur et une volonté. Elle ne se laisse pas cueillir. Elle s’offrira à qui elle voudra.
Ces amours guideront les pas d’Henriot dans la trame de son histoire.
Ses goûts pour la philosophie le tireront des griffes du suicide qui l’a convoité comme un vautour le ferait devant un moribond. Heureusement, cet homme a pensé que le suicide comme l’amour, la passion, la démocratie, l’anarchie, le libéralisme et touts les grands thèmes de l’histoire humaine, mérite d’être soumis à la critique philosophique.
Alors, Henriot, avant de passer à l’acte, discute avec lui-même la problématique du suicide. Chemin faisant, il découvrira qu’il y a tant de façons dans le monde d’être heureux, de connaître la joie de vivre : dans le métro, il voit une femme, au visage épanoui qui arrose une bouchée de pain noir d’une gorgée de café tiède ; un homme qui sourit aux idées captivantes d’un livre.
Dans la rue, il avise ces enfants qui se disent des bagatelles ; cette adolescente qui se déforme le visage mignon de son doigt charmant, à l’attente du feu vert ; le train qui arrive dans la station bondée de navetteurs, l’autobus, la ligne des voitures...
Mais, c’est ça la vie ! Oui, il y a tant de manières de vivre et d’appartenir à l’histoire humaine. Alors pourquoi se jeter dans les bras du suicide, source de néant, un trou noir sans consistance ?
Son deuxième amour (entre autres pour Pamela Julien) le garde dans un état de pureté qui lui vaut le titre de moine sans l’habit.
Certes, il réalise son attraction sur les femmes, mais il s’en alarme. Il se demande si une manifestation amorale en ce sens ne le pousserait pas aux limites extrêmes ? Il causerait alors dommage à lui-même. Ce serait la ruine de ses rêves de bonheur, la fin de son intégrité et de ses projets d’avenir. Il diminuerait certainement sa chance d’apprivoiser le cœur de « sa déesse.»
Heureusement, il ne cesse jamais d’être une personne humaine, un être pensant susceptible de se replier sur lui-même, de se regarder agir, par anticipation avec les yeux de l’esprit, et de se prononcer sur la tournure éventuelle de son avenir au cas où il agirait dans un sens plutôt que dans un autre.
Alors, son second amour et son guide intérieur, cette petite lampe, le placent face-à-face avec ce genre de dandysme auquel l’invitent des femmes rencontrées à l’université, au travail, par hasard dans les magasins et les coins de rue, il ne l’aime point : ces déesses amoureuses lui demandent uniquement de remplir l’office d’un pantin sexuel, d’un agent de plaisir. L’amour de Pamela lui suffit amplement.