Nous avons généralement tendance à considérer la vie comme si nous vivions tous à l’intérieur de silos. Notre entourage et la science confortent cette opinion : ce que nous sommes et nos corps font un, pour la vie, jusqu’à la mort.
Nous grandissons en pensant que nous visons séparés de l’environnement qui nous entoure, qui inclut les personnes ou animaux qui nous tiennent compagnie pendant un temps plus ou long dans notre vie. Cette tendance autonomiste est à ce point forte qu’elle finit par nous pousser à l’isolement et à l’égoïsme, en pensant que les autres peuvent constituer une menace pour notre bien-être et qu’en dehors de nous ou de notre famille ou entourage immédiat, il n’y a point de salut.
Cette façon de penser semble a priori raisonnable ou rationnelle. Mais, de plus en plus, elle se compare aisément à un édifice dont les fondations se lézardent, au point que sa structure même est remise en question. C’est que les coups de semonce qui ont mis à mal ce modèle viennent d’abord du monde scientifique, ce cerbère du savoir officiel. En juillet 2012, les savants du Centre européen de recherche nucléaire (CERN) ont annoncé qu’ils croyaient avoir découvert le fameux boson de Higgs, qui devrait expliquer pourquoi certaines particules subatomiques ont une masse alors que d’autres, comme des photons, n’en ont pas. Cette découverte, qui est aussi importante que la mise au jour de la structure de l’ADN en 1953, nous plonge en plein cœur de la physique quantique, qui vise à élucider les fondements même de la vie. Elle présume que l’énergie qui est à la base de la matière n’est pas aussi solide qu’elle n’en a l’air; qu’au contraire, cette matière qui nous sert de repère dans le monde physique et qui est l’élément constituant de tout ce qui est physiquement, dont nous, comporterait des éléments immatériels.
Bien sûr, la matière, telle qu’on la définit, est considérée en fonction de sa masse et de son volume, mais si l’on tient compte qu’elle est faite d’atomes et de molécules et qu’à leur base se situent les particules subatomiques qui sont loin d’avoir révélé tous leurs secrets, la réponse est moins claire, mais nous savons quand même que nous sommes ainsi moins physiques que l’on pense.
Ça, c’est pour l’aspect purement visuel de ce que l’on est. La frontière devient plus poreuse lorsqu’on tient compte de l’aspect psychologique de notre être, notre constitution psychique. Nous créons des liens tout au long de notre vie et ces liens conditionnent notre façon de voir les choses, notre pensée. Nous affectons les autres, tout comme ils nous affectent, et ces contacts peuvent certainement influencer le cours de notre destinée. Si ce n’était pas le cas, si rien ne nous atteignait, nous serions à l’image de photocopieuses disposées çà et là dans une grande pièce qui s’appelle la Terre. Ce n’est pas le cas.
D’autre part, nos pensées voyagent et sont captées. La télépathie, qui se définit comme la communication de pensées, de sentiments ou de connaissances d’une personne à un autre, sans l’utilisation des cinq sens, n’est pas encore scientifiquement prouvée parce qu’aucune expérience n’a pu jusqu’à présent être répétée dans des conditions dignes d’un laboratoire. Cela ne veut en aucun cas dire qu’elle n’existe pas, l’histoire récente répertoriant des cas précis, comme ceux relatés par l’auteur américain Upton Sinclair dans son livre intitulé Mental Radio. Les sceptiques nous répètent que le fardeau de la preuve prouvant sa réalité incombe à ceux qui y croient. La population n’attend pas nécessairement le verdict de la science pour se prononcer. Un sondage réalisé en 2005 aux États-Unis par la firme Gallup a révélé que trois Américains sur quatre croyaient aux phénomènes paranormaux, dont 41% aux perceptions extrasensorielles, comme la télépathie.
Cela dit, nos pensées voyagent précisément maintenant, de façon presqu’affolante, grâce à la technologie. Chaque soubresaut mental ou pensée que l’on connaît et que l’on veut partager est transmis presqu’instantanément à autrui par le biais d’internet sur les réseaux sociaux. Les ventes exponentielles de gadgets électroniques, de tablettes ou de téléphones intelligents témoignent de notre volonté de rejoindre ceux qu’on aime ou à qui on a affaire le plus rapidement possible. Et on demande une réponse tout aussi rapide. Nous sommes à un pas d’être télépathes.
Science et technologie concourent à accélérer notre prise de conscience de ce que nous sommes. Les autorités socio-politiques et les médias traditionnels, qui réunissent généralement la classe intellectuelle d’une société, se sont longtemps attribué le pouvoir de diriger, d’éduquer et d’informer la population. La révolution numérique chambarde cet état de fait et renverse le modèle pyramidal. Le sommet voit son rôle remis en question. La base, qui a longtemps consommé ce qu’on lui transmettait sans trop questionner, produit maintenant ses propres références et même se détache du mode de transmission habituel pour créer ses propres réseaux à partir de ce qui l’intéresse. Les transmetteurs s’affolent au point de proposer à cette base de devenir une source d’information; mieux, une source de décision. On pourrait se demander quel mal il y a à faire ça. Après tout, n’est-il pas normal d’écouter les abonnés et les payeurs de taxes?
Cette démocratisation ne se fait pas sans heurts puisque l’opinion publique peut confondre rumeurs et faits du fait que ce qui est véhiculé sur internet hors des champs traditionnels d’information est encore et sera probablement toujours sujet à errements. Une chose demeure cependant: l’individu et la société, ainsi libérés d’un certain carcan, peuvent désormais davantage s’exprimer et faire éclater cette tendance à fonctionner en silos pour prendre davantage conscience de leur interdépendance si salutaire pour le bien-être personnel et celui de la collectivité.
Conséquemment, l’évolution ne peut faire autrement que s’accélérer, pour le bénéfice de l’humanité.
_____________________________________________________________________
Martin Gauthier est l'auteur d'On ne vit qu’une fois. Le livre est disponible en couverture souple et en format livrel (ebook) en cliquant sur les liens suivants sur Amazon.com et Amazon.fr. Regardez ce dont il est question sur YouTube. Visitez Seek Publications sur Facebook. et suivez-nous sur Twitter.