Francis et Perrine vivent dans l'enfer port-au-princier. Seul leur amour reciproque les guide dans la chasse à la vie. Mais, cette grande marmite sociale ne réserve aux gens que vache enragée
Francis pense avoir connu sa réalité pour l’avoir mille fois analysée, dissociée en ses éléments les plus simples, puis reconstruite d’un jet. De cette réalité disséquée et synthétisée, il a bâti à ravir des montagnes de théories dans sa tête d’étudiant. Ces théories se sont baignées dans un optimisme qui imprégnerait à la longue le déroulement de la réalité. L’étudiant, sans aucun doute, a présumé, à partir de lui-même, d’avoir connu l’ampleur de la détresse humaine, dans ce coin des Caraïbes, qui s’adoucirait avec le temps, quand son pays franchirait, à un moment de la durée, les étapes du progrès économique et social. Sa rencontre éventuelle avec Perrine donnera pourtant un sens nouveau et plus profond à sa vie : elle lui exposera à la douleur des autres, le plongera dans l’océan d’une détresse de beaucoup plus grave et impitoyable, dont il sortira, heureusement, plus humain qu’auparavant. En effet, les paroles de Perrine, à la fois simple et profonde, comme des marques dorées sur du marbre, causent une vive impression sur lui : « ...Aimer pour le seul plaisir d’aimer, a-t-elle dit, devient un phénomène en voie de disparition dans le monde actuel. Pour moi, mon sort est déjà connu : croupir dans ma misère jusqu’à la mort… » Les yeux de Francis s’ouvrent complètement sur un gouffre rempli de nuances, de particularités et de méandres existentiels, inconnu de lui jusque-là. Perrine lui a déposé l’humanité dans le creux de la main. Il revoie en esprit ces hommes et ces femmes qui défilent, le visage ratatiné, les yeux mornes, un sourire résigné et bête sur la bouche. Oh, ils ont été jeunes, comme Perrine, avec un charme naturel de toute leur personne, malgré la misère omniprésente. Puis, graduellement, cette beauté voulue de la jeunesse s’étiolera à un rythme précipité pour un arrêt final : l’apparence de détresse et de résignation, la tristesse quotidienne, la démarche incertaine, l’impression de flotter... L’enfer n’existe que sur la planète !
Excerpt
Mes yeux s’étaient ouverts complètement sur un gouffre rempli de nuances, de particularités et de méandres existentiels, inconnus de moi jusque-là. Perrine, cette nuit-là, m’avait déposé l’humanité dans le creux de la main. Je revoyais en esprit ces hommes et ces femmes au visage ratatiné, aux yeux mornes, un sourire résigné et bête sur la bouche. Oh, ils avaient été jeunes, comme Perrine, avec un charme naturel de toute leur personne, malgré la misère omniprésente. Et graduellement, cette beauté voulue de la jeunesse, s’étiolerait à un rythme précipité pour un arrêt final : l’apparence de détresse et de résignation. « Non, non, je ne laisserai point cette tragédie arriver à ma Perrine, cette belle créature aux yeux de biche et au sourire angélique. Elle sera mienne. Et ensemble nous bâtirons un « sous univers » plus digne de nous ; et elle gardera sa fraîcheur et sa beauté. »
Le choc psychologique de Francis
Dans « Chasse à la vie, dans les Caraïbes »
Par Antoine Archange Raphael
Francis pense avoir connu sa réalité pour l’avoir analysée, dissociée en ses éléments les plus simples, puis reconstruite d’un jet. Alors, de cette réalité disséquée et synthétisée, il a bâti à ravir des montagnes de théories dans sa tête d’étudiant. Et il a présumé, à partir de lui-même, d’avoir connu l’ampleur de la détresse humaine, dans ce coin des Caraïbes.
Sa rencontre avec Perrine donne pourtant un sens nouveau et plus profond à sa vie : elle lui expose à la douleur des autres, le plonge dans l’océan de la détresse, dont il sortira plus humain qu’auparavant.
En effet, les paroles de Perrine, comme des marques dorées sur du marbre, causent une vive impression sur lui : « ...Aimer pour le seul plaisir d’aimer, a-t-elle dit, devient un phénomène en voie de disparition dans le monde actuel. Pour moi, mon sort est déjà connu : croupir dans ma misère jusqu’à la mort… »
Les yeux de Francis s’ouvrent complètement sur un gouffre rempli de nuances, de particularités et de méandres existentiels, inconnu de lui jusque-là. Perrine lui a déposé l’humanité dans le creux de la main. Il revoie en esprit ces hommes et ces femmes au visage ratatiné, aux yeux mornes, un sourire résigné et bête sur la bouche.
Oh, ils ont été jeunes, comme Perrine, avec un charme naturel de toute leur personne, malgré la misère omniprésente. Puis, graduellement, cette beauté voulue de la jeunesse s’étiolera à un rythme précipité pour un arrêt final : l’apparence de détresse et de résignation. « Non, non, se dit Francis, je ne laisserai point cette tragédie arriver à ma Perrine, cette belle créature aux yeux de biche et au sourire angélique. Elle sera mienne. Ensemble nous bâtirons un « sous univers » plus digne de nous ; et elle gardera sa fraîcheur et sa beauté. »
Oui, les yeux de Francis se dessillent, et il réalise dorénavant la raison de cette détresse omniprésente. « L’homme, pense-t-il, a la soif d’absolu. Il réédite sans cesse (et avec succès) l’épopée de la Tour de Babel, explore les deux infinis, crée une technologie sans cesse améliorée, recule les bornes de l’ignorance et viole chaque jour les secrets de la nature.
« Il a peur pourtant d’aimer, il oublie la façon d’aimer. Son amour n’a pas épousé la vision de l’avenir. De ce grand décalage vient le déchirement humain, l’existence malheureuse du genre humain. »
Si sa rencontre avec sa belle petite Perrine lui donne accès à la détresse humaine, plus qu’il n’en a été conscient, alors, par le truchement de son amour pour cette femme, il accéderait sans doute à l’amour de l’universel, de l’humanité anonyme, oubliée et souffrante, de l’homme dans sa vraie nature.
Note : Ce livre vient d’être publié par www.lulu.com. Il peut s’obtenir directement de l’éditeur.