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Prof. Georges Voisset on T. Wignesan's poetry (fixed forms) and their translations
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ARTICLE by Professor Georges VOISSET:
"T. Wignesan, ou:
"Le monde est formidablement plus grand qu’un pantoun"
par Georges Voisset
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Prof. Georges Voisset on T. Wignesan's poetry (fixed forms) and translations
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ARTICLE by Professor Georges VOISSET:
"T. Wignesan, ou:
"Le monde est formidablement plus grand qu’un pantoun"
par Georges Voisset
Pantouns | 17
T. Wignesan, ou:
Le monde est formidablement plus grand qu’un pantoun
par Georges Voisset
Comment présenter l’extraordinaire figure de T. Wignesan quand il ne s’y risque pas lui-même, préférant considérer que «l’obligation de me présenter... est un acte d’auto-violation, et même d’auto-trahison. Vous pouvez lire le résultat sur ce site ».
Eh bien, puisque c’est à nous que reviennent ici les honneurs d’une trahison pour la bonne cause, allons-y. Poétiquement et scientifiquement, de mon tout petit point de vue circonstancié donc, je choisis deux titres pour l’encadrer :
1) celui du recueil de poèmes réédité en 2015 par Silverfish, grande maison d’édition de Kuala Lumpur, Tracks of a Tramp. (A First Collection of Poems 1951-1961). Réédition précédée de Bunga Emas: An Anthology Of Contemporary Malaysian Literature (1930-1963), anthologie quadrilingue initialement publiée en 1964 et s’arrêtant en 1941.)
2) le second ouvrage réédité (2008), c’est sa thèse de littérature comparée (1988), soutenue en Sorbonne, Etude comparée des littératures nationales et/ou officielles de la Malaisie et de Singapour depuis 1940, qui initiait un champ du comparatisme «national» fort audacieux, mais qui bénéficiait alors de circonstances
«internationalistes» fastes (j’y reviens plus bas).
Et maintenant, je vous invite à trahir à gogo, en suivant «les pistes du vagabond»...
Tracks of an (extremely learned) Tramp
Né sur la côte est de Malaisie, à Krai, en 1933, en plein pays ancestral malais, T. Wignesan (« no first name »,
«race : Tamil, Dravidian ») commence sa carrière de «travailleur» à 9 ans (sous les ordres du Japon impérial, donc) en 1942 comme cheminot ; et depuis, me dit- il, il n’a jamais cessé d’œuvrer et de cheminer un seul jour, ce que confirme une production multilingue d’une diversité impressionnante et continuellement entretenue, révisée. Un formidable cheminot de la pensée, avec interdiction de s’asseoir sous peine de perte d’humanité. J’extrapole, il faut bien trouver des raisons aux choses qui vous dépassent... Privé de sa citoyenneté malaisienne peu après l’indépendance en 1962, puis privé de son passeport britannique en Espagne et déclaré apatride en 1969, il se retrouve citoyen du monde polyglotte, installé depuis des décennies en région parisienne, d’où il continue de rayonner, en Inde en particulier. The question is, Would I have wanted it any other way? se demande aujourd’hui T. Wignesan, citant Sartre...
C’est à la Sorbonne, après l’Espagne, qu’il rencontrera le grand comparatiste français René Etiemble et engage alors une carrière de chercheur en poétique comparée (il dit : poïétique) au CNRS. Il fonde le Centre de Recherches de Poïétique Comparée à l’Inalco. C’est là que s’inscrit un intérêt «professionnel» pour le genre pantoun, et qu’il communiquera à Etiemble (voir les traductions de pantouns d’Etiemble, dans mes Centuries Pantoun, ce qui nous vaudra enfin une
certaine «certification», discrète mais visible, du genre dans le parisianisme littéraire d’Etat des années 1970-1980). Bien entendu, ce que l’on doit à T. Wignesan dépasse d’emblée ce cadre, je cite son Anthologie de la poésie malaisienne contemporaine (Fresnes, 1982), ou, plus technique mais passionnant pour ceux que les «Indes orientales» intéressent, ses travaux sur la part tamoule du monde malais.
Tout le reste, accessible partout sur le Net, je ne le résume pas : quadrilingue (tamoul, malais, anglais, espagnol), T. Wignesan poursuit sa «track» (trace) protéiforme d’universitaire aux prestigieux diplômes internationaux, de directeur de revue (The Asianists’ Asia),fondateur de centres de recherche (Centre de Recherche sur les Etudes Asiatiques), d’essayiste, romancier, nouvelliste, traducteur, poète, critique (à tous les sens du terme), et ceci dans ses «lettres natales» (dravidiennes, malaisiennes et singapouriennes, anglaises) comme d’adoption (espagnoles et françaises) sans parler de toutes les autres. Je ne dis rien de diplômes de droit, ou décernés par les Pays-Bas, l’Allemagne, de son intérêt aussi bien pour les grands classiques indiens que chinois... Ni du journaliste. Et ces dernières décennies, de sa présence protéiforme sur les sites internet, des sites américains de diffusion de poésie à Cyberwit.net, qui abrite aujourd’hui nombre de ses ouvrages.
Bref, il est de ceux-là dont on se demande : «mais comment fait-il?»
Et maintenant, empoignons notre tout petit bout de la lorgnette: T. Wignesan pantounologue, traducteur de poésies brèves, puis auteur de poésies brèves.
T. Wignesan pantounologue
THE référence: «Le Pantun. Le Détournement Créateur » (The Journal of Comparative Poietics, Vol. 2, n° 1 (Paris, 1992). Dans cette étude, reprise ultérieurement sous d’autres formes (cf. Sporadic Striving amid Echoed Voices Mirrored Images and Stereotypic Posturing in Malaysian-Singaporean Literatures, Allahabad,
Cyberwit.net, 2008), et que je cite constamment depuis 25 ans, le poéticien et esthéticien rappelle d’abord que le concept de détournement est inhérent à la visée esthétique. Il rappelle ensuite que le pantoun n’est pas, d’abord, un objet littéraire, artistique, pas plus que
religieux ou didactique: «Par contre, le Malais ne voit pas le pantoun comme un véhicule didactique religieux, ni comme un genre narratif ou lyrique. Pour de tels buts, il garde bien d’autres modèles: sha’ir, seloka, gurindam, etc.». Et cependant – là réside un intérêt majeur de cette étude, qui complète ainsi la précédente, effectuée par Dulaurier sur le pantoun comme «poésie lyrique des Malais (voir Dossiers de Pantun Sayang) –, il va montrer, par divers exemples et des analyses formelles et contextuelles, combien le «détournement créateur» est comme l’essence même de cet art malais d’appréhender le réel: en mots «cadrés», à travers l’analogie, tout ce qu’elle porte en elle de profondément énigmatique. C’est que (voir Henri Fauconnier sur un autre registre) « le pantoun est un défi, un défi à son génie de créateur ».
Le défi créateur du détournement, alors? Ne serait-ce pas dire, du coup, que l’art du pantoun... c’est T. Wignesan? Méditons. Ceci expliquerait-il la rareté de cela – T. Wignesan, poète multiformats, mais si peu pantouneur selon les lois d’un «pays d’origine» qui l’avait d’emblée banni, lui le fils de «coolie» qui n’était déjà pas né à sa place?
T. Wignesan traducteur de pantouns et de genres poétiques brefs
Curieusement, en effet, le pantoun tient une place rare dans cette entreprise, dont l’ampleur, planétaire, est pourtant remarquable. J’en ai reproduit 5 (traductions en anglais, français et tamoul) dans mon anthologie Les Centuries Pantoun (n° 12, 35, 38, 50, 57). A ma connaissance, et après échanges sur la question avec T. Wignesan, il faudrait en ajouter deux ou trois autres, où l’intention «subversive» se manifeste fortement – un peu à la façon dont l’a fait, dans sa propre tradition, le poète malaisien également subversif Salleh ben Joned (on y reviendra un jour...). Pour ce qui est de la poésie occidentale contemporaine, pourtant, le tropisme de T. Wignesan pour les genres brefs est évident: traducteur en anglais d’Etiemble, ses haïkus, sonnets, terza rima, par exemple, indépendamment de ses traductions «classiques» (Pierre Emmanuel, Verlaine...). Je découvre telle traduction de quatrains d’Etiemble qui, malgré l’absence de pantouns sous la plume d’Etiemble, s’en approchent beaucoup, comme ce triptyque enfantin (stade dit du miroir) dont voici la première strophe :
All ducks are Narcissuses
kissing the ends of their beaks.
Comes the solstice’s rigour,
the ice clouds the dry mirror.
Mais c’est visiblement dans d’autres genres que le traducteur s’est amusé à retrouver quelque chose peut-être d’une «pantounie natale (impossiblement) abolie» (je continue à fabuler). Par exemple à cette suite de coplas bacchiques chiliennes du poète Nicanor Parra, dont voici une strophe traduite de l’espagnol:
The blind man with a cup
sees sparks and lightning streaks
and the lame of birth
who breaks out dancing the cueca.
T. Wignesan pantouneur
T. Wignesan pantouneur (malgré tout ?) donc, pour terminer. La verve y est profondément politique et satirique. Mais ne sont-ce pas là, me direz-vous, politique et satire, deux des fonctions fondamentales du pantoun abondamment pratiquées dans son milieu
naturel ? Certes, oui, mais... (à l’écrit en tout cas) dans le bon sens, là où les murs ont de très très grandes oreilles. Et cependant, là non plus, ce n’est apparemment pas le pantoun qui attire principalement le poète «subversif». Parmi nombre d’autres genres brefs expérimentés, que l’on pourra découvrir dans de nombreux sites d’accueil en libre accès, le limerick par exemple semble bien convenir à un humour noir, acide ou acerbe, à cette «rage de vivre malgré toi». Par exemple:
Once a wife Nurse and husband Doctor
Loved the meat served from Clinic larder
So they went in to see
Found morgue bodies for free
Since then stopped buying meat from butcher.
Pourtant, lorsque le poète s’amuse au limerick crocheté, inspiré directement du pantoun lié mais avec une thématique... japonaise, on ne peut pas ne pas en revenir à mon interrogation sur ce moteur que serait chez T. Wignesan «l’évitement créateur»
Once Japanese Robot lied about its age
To an American Robot under age
At marriage registry
Paid hermaphrodite fee
That night in shed they locked jaws in mad glad rage.
Etc.
Mais je termine comme il se devait avec un pantoun, dont l’énigmatique « tropic tune » ne m’est pas peu abscons...
"The Malay Pantun: Post-colonial writing"
La capinera’s wintering pieces of tropic tunes
The garden warbler’s echoes of dark melodies
Post-colonial poets return by summering fortunes Learnt by rote as sacred Oxbridge duties
To be or not to be. That’s the choice.
(c) Georges Voisset, Pantouns-sayang-afp.fr, 1917|
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Of course, I could have done the AUTOMATIC TRICK and then put up the post, but the computer I'm now using doesn't allow that... SORRY Ron. The write-up on my fixed forms and generally about my output is very dithyrambic - something I never thought possible from an academic - but then there it is, so why not let it ride. Astounding... you must agree !!! Best, Ron. and THANKS as usual. TW
But the poems at the end of your French narrative are delightfully irreverent.
Ron