Cette question à elle-même m’avait fait à nouveau penser à ma ville, à ma jeunesse, à ces mêmes pensées qui m’accompagnent tout le long de mon existence. Je ne peux que dire que je garde d’excellents souvenirs de cette ville et de ses habitants. Je conserve jalousement ces souvenirs et avec eux certains sentiments agréables qui me parviennent de très loin. Je garde dans mes souvenirs la vie harmonieuse des habitants de ma ville en la comparant avec les villes et les lieux où j’ai du vivre pendant des années, dans des pays qui m’avaient hébergé et calmé mon émoi.
Je ne crois pas que quelqu'un puisse changer les faits et les déroulements de l'histoire. Mon papa qui faisait l’arbitre entre les juifs et les arabes de ma ville, le soir après son travail, disait : « La vérité ne se cache pas, elle émerge comme l’huile sur l’eau. » Il y a eu assez de livres écrits à ce sujet et moi-même, je n'ignore pas certains faits et prises de position du gouvernement d'alors et celui d’aujourd’hui, qui avaient poussé les juifs et même certains musulmans à sortir de leur chère patrie qui est là depuis plus de deux mille ans.
A mon avis, la question des juifs est ignorée par la nouvelle génération tunisienne, mais la génération arabe tunisienne commence à se réveiller. Tout d’abord, ça mettra encore longtemps et des nouvelles circonstances pour que la jeunesse tunisienne retrouve les faits de l’histoire et reconnaisse pour elle-même que les jeunes et vieux Tunisiens ne sont pas des vrais arabes, comme l’avait dit Si Habib Bourguiba, mais des vrais berbères, y compris les juifs de Tunisie qui étaient aussi des berbères et qui ont combattu avec leurs frères berbères. Après avoir perdu les batailles avec les conquérants arabes venant de la péninsule d’Arabie et sauf ceux qui ne voulaient pas se laisser convertir a l’Islam et qui pouvaient se permettre de payer le tribut au nouveaux conquérants en devenant des Dhimmis et ainsi échappant à la conversion religieuse - tous les autres berbères ont été convertis et sont devenus malgré eux des arabes et en même temps et par la force de l’épée des musulmans dans le peuple berbère. C’est ainsi que l’Afrique du Nord est devenue arabe et musulmane.
Je reçois plusieurs e-mails par jour par des jeunes musulmans tunisiens qui se trouvent en Tunisie et d’autres qui se trouvent en France et même en Allemagne et autres pays de l’Europe, qui veulent savoir ce qui s'était passé avec les juifs tunisiens qui sont même plus anciens que les dits musulmans. Toujours la même question qui se pose, pourquoi les juifs nés en Tunisie avaient quitté la Tunisie presque à la même époque.
Il y a eu des juifs en Tunisie depuis Carthage. Certains ont habité Carthage et hors de Carthage, certains venaient avec les bateaux de Salomon pour acheter du blé de Beja, qu’on appelait en ce temps-là Tarchiche. Le blé de Tarchiche était connu comme le blé sacre de Tarchiche en Ifriquia. Jusqu’à nos jours, les juifs religieux ont constamment des délégués qui se trouvent en Tunisie pour continuer les coutumes anciennes en achetant le blé de Tarchiche.
Nous devons honnêtement éduquer la jeunesse musulmane et juive tunisienne sur les faits, sans aucune haine et insulte. Je suis certain que tôt ou tard les vérités et les droits des juifs et de certains musulmans tunisiens seront reconnus. L'essentiel c'est de maintenir le dialogue. Hélas la révolution qui aurait pu donner une certaine liberté au peuple tunisien disparait petit à petit sans que le gouvernement américain ou français ne lève un doigt, alors qu’ils s’étaient mêlés à aider la révolte dite « le printemps arabe ». Mais quand tout allait mal, Obama, malgré son discours du Caire, n’a pu rien faire pour aider les Tunisiens. Les seuls qui adorent encore leur pays sont toujours les Tunisiens arabes et juifs.
Hélas dans la nouvelle constitution on qualifie de crime toute tentative de normalisation des relations avec le sionisme et « l’Etat Sioniste ». Ceci mettrait la Tunisie comme le premier pays qui interdit tout contact avec l’Etat d’Israël. Concernant les droits de la femme, la nouvelle constitution ne donne aucun droit à la femme tunisienne. Ce genre d’articles dans la constitution tunisienne n’arrange pas les choses. Du reste je ne vois pas de quel droit peuvent-ils interdire aux juifs nés en Tunisie avec des ancêtres qui ont vécu depuis Adam et Eve dans ce pays de leurs ancêtres, de venir en Tunisie. Ce genre d’articles ne peut qu’alourdir la vieaux Tunisiens en général. En mettant ce genre d’articles, la Ennahda provoque les pays étrangers qui mettront des entraves à la Tunisie, à elle-même et à tous les Tunisiens qui n’ont rien à avoir avec ce gouvernement ou avec la politique. Ils se barrent la chance de succès et d’amitié avec le monde qui les regarde.
Il est aussi regrettable d’apprendre que la belle jeunesse tunisienne, dont la plupart avait pris part dans la révolution du printemps arabe se trouvent au sud de l’Italie, loin de leur pays natal et dépourvus ne serait-ce que de l’air qu’ils respiraient dans leur foyer. Au moins soixante mille jeunes Tunisiens étaient arrivés comme immigrants le mois de novembre au sud de l’Italie, sans compter les autres mois. Plus ou moins comme les refugies juifs que j’ai vus arriver en Israël après avoir perdu leur famille et tout le confort qu’ils avaient eu et qu’ils devaient soudain abandonner après avoir tout perdu. Je me demande quelle différence, mes frères juifs et mes frères arabes, si ce n’est que l’absurde, parce que le monde ne peut pas vivre en paix à cause de tas d’ambitions que l‘homme ne sait pas apprécier. Une fois c’est un peuple, une fois c’est un autre peuple, pour une seule raison que l’homme ne sait pas se satisfaire de la réalité qui de toute façon ne durera pas pour l’éternité, alors que les terres crées, qui se trouvent dans les mains des arabes, sont en abondance.
Cependant ceux qui détiennent les terres refusent de les partager avec leurs frères. Pourtant les juifs qui se sont sauvés de l’holocauste et qui étaient repoussés des terres arabes, n’ont pas pris la charité de l’ONU, mais de leurs frères et se sont casés et ont fait un paradis du désert d’Israël.
Hélas, l’homme ne sait pas encore saisir ni l’ampleur ni la raison de son existence, comme les juifs en Israël qui vivent constamment dans l’attente d’une guerre et les arabes qui vivent en Israël, surtout ceux dans la Judée et la Samarie qui insistent du coup qu’ils sont des palestiniens alors que sous le mandat britannique les juifs et les arabes étaient tous appelés des palestiniens. Les brigades juives ont combattu avec les Anglais contre les Nazis en Europe alors que les Arabes étaient avec Hitler contre les Anglais et les Américains.
Les arabes vont finir par tout perdre s’ils ne sauront pas trouver des territoires en Egypte, qui est immense, en Libye qui est énorme, ou en Iraq qui est prospère, ou en Arabie Saoudite qui est un continent à lui-même pour caser leurs frères dit palestiniens et enfin laisser tranquille ce pauvre petit peuple qui a assez souffert et qui a peut-être la grâce du savoir-faire et qui sera peut-être le seul pays qui a le courage de montrer a l’Iran sa capacité avec l’aide du peuple iranien qui en a marre aussi d’être sous la botte des Ayatollahs. C’est peut-être encore lui qui réunira le monde arabe et pas le président Obama.
Revenant à la question pourquoi les juifs avaient quitté la Tunisie, comme j’étais absent depuis 1946, je n’avais pas connaissance des détails, sauf des histoires que ma famille m’a racontées. Mon père par exemple m’a dit que les Imams de Beja disaient à la communauté arabe après la prière du matin de ne pas acheter chez les juifs. Comment voulez-vous que des familles qui dépendent de leurs métiers ou autre profession puissent exister, sans pouvoir gagner leur pain de tous les jours. D’autres qui travaillaient comme avocats ou comme autre métier intellectuel sans savoir écrire l’arabe, que pouvaient-ils faire, puisque tout a été transformé du français à l’arabe ?
Il est temps peut-être que les Tunisiens se réveillent et reconnaissent enfin Israël et son peuple qui pourront leur venir en aide plus que n’importe quel pays arabe. La Tunisie jouira alors non seulement du savoir faire et des richesses qu’Israël peut déclencher, mais aussi des qualités, du savoir-faire et des richesses de leurs frères juifs américains, dont plusieurs parmi eux détiennent des bourses mondiales, pour enfin redevenir ce qu’était la Tunisie de notre temps « Tounes El Khadra. »
Copyright 2013 Emile Tubiana