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Emile M Tubiana

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Les vacances des années 1937 à 1942
by Emile M Tubiana
Friday, January 11, 2013

Rated "G" by the Author.

       
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     Notre ville n'etait pas une ville de plage. Tous les ans nous allions en villegiature.

 Les vacances des années 1937 à 1940

Certaines familles allaient à La Goulette, à La Goulette, d'autres  à La Marsa ou à Carthage.
 Comme notre famille allait tous à Hammam Elif qui était une ville de plage et d'ambiance agréable favorisée par la fraîcheur de la montagne. Les samedis papa nous faisait faire des excursions matinales et plusieurs familles se joignaient à nous. Ceux-ci fuyaient la chaleur de la grande ville. En plus c'était la ville du Bey.

Les soirs, sous un ciel clair aux étoiles enchanteresses, nous profitions des douces brises qui parvenaient de la mer en groupes de petites brises. Nous allions à la plage pour jouir de la fraîcheur du soir. Notre grande famille se composait de tantes, oncles, cousins, cousines, grands-parents et arrière-grands-parents. Elle se joignait aux autres familles, dont la plupart étaient des voisins de la même rue ou des rues limitrophes à notre rue, et qui arrivaient lentement à la plage, chacune selon sa cadence. La plupart étaient chargés de couvertures, de draps, de Kelims, des Hassiras (des nattes en paille) et des Qartalas (coufins) remplis de victuailles. Certains apportaient des instruments de musique, d'autres apportaient des appareils qui faisaient de la glace avec du citron et du sucre. Tous s'adossaient à une barrière construite en pierre, d'une hauteur d'un enfant, qui séparait la plage de la rue et tout le long de la ville et de la mer.
Certaines familles allaient à La Goulette, d'autres   La Marsa ou à Carthage.

A Hammam Elif des centaines de familles venant de toutes parts de la Tunisie remplissaient les trains, pour avoir une place dans la ville du Souverain et pour jouir enfin des  vacances si longtemps attendues.  Chacun selon ses moyens dépensait toutes ses réserves accumulées durant l'année. Nous  prenions des couleurs au soleil. Nous nous étalions au bord de la mer. Ce rythme dure depuis des milliers d'années. Ces peuples, descendants des Berbères, des Phéniciens, des Grecs, des Romains, des Hébreux, des Vandales, des Arabes, des Italiens, des Maltais et en dernier, des Français, vivent à ses bords et se nourrissent de ses délicieux fruits de mer.

Chaque famille occupait sa place près du mur le long de la plage, dans l'ordre de son arrivée et formait un décor naturel qui ajoutait de l'animation à la plage.  Pendant que les parents installaient les places, nous les enfants profitions pour jouer, personne ne nous introduisait. Le fait que nous étions là suffisait pour aussitôt nous entendre, il n'y avait pas de différence entre
Juifs ou Musulmans, il y avait le respect entre nous tous. Quand les femmes sortaient les provisions, nous interrompions nos jeux pour nous joindre et partager ensemble notre premier goûter à l'air pur.

Parmi les grandes personnes il y avait ceux qui s'allongeaient, ceux qui profitaient pour prendre un bain et ceux qui bavardaient.  Maurice notre cousin accordait son luth sous le regard curieux des passants et des marchands ambulants. A la plage des amitiés se nouaient durant les vacances.  Les jeunes célibataires trouvaient leurs compagnes, les filles sortaient leurs meilleures toilettes pour plaire aux jeunes gens. C'était  une occasion de faire des nouvelles connaissances et en maillot de bain l'attraction entre les jeunes devenait plus vive. Les plages offraient des occasions  merveilleuses pour de telles rencontres.
 
Sa'adani et Rahel, mes arrière-grands-parents, se joignaient eux aussi, comme un jeune couple.  Toutes leurs filles étaient des grands-mères et leur seul fils Albert était le seul qui n'était pas grand-père.  Je m'amusais beaucoup à voir Sa'adani et Rahel marcher lentement. Je faisais plusieurs fois l'aller-retour de la maison à la plage pour leur permettre d'arriver lentement. Pour cela je recevais des compliments comme: « Ya' A'tik Essahah » (Que Dieu te donne de la santé) ; (Bravo). J'étais trop jeune pour comprendre ces expressions, mais je souriais en signe de satisfaction. En fait ces compliments étaient des bénédictions.
 
Les chants et les slogans des marchands ambulants qui sillonnaient la plage, se faisaient entendre, chacun décrivait les qualités de ses friandises à travers sa  chansonnette. Les odeurs des grillades des restaurants de la rue qui longeait la plage se mélangeaient avec celles des briks et des bomboloni qui nous parvenaient tout chauds par les jeunes marchands. A cela s'ajoutait le goût salé des glibettes et des pois chiches cuits au sable. La soif des jeunes vidait les gargoulettes à peine rafraîchies. La nuit étalait ses voiles petit-à-petit, un silence cédait enfin la place à Maurice, qui sortait les premières mélodies de son luth.  Les voisins qui nous côtoyaient s'approchaient doucement pour mieux écouter.  En quelques instants ceux qui étaient assis près de nous, femmes et hommes finissaient par se
connaître. Chacun partageait ses provisions avec les autres. Une atmosphère familiale se créait spontanément. Nous, les enfants nous nous réjouissions encore plus.

Les marchands de jasmin, attirés par la musique sortaient de l'obscurité. Ils s'assoyaient sur la plage, assez proche pour jouir des mélodies qu'ils connaissaient. Aussitôt qu'une chanson se terminait, ils nous tendaient des bouquets de jasmin tressés, en signe de remerciement.

De temps en temps Sa'adani se levait pour se dégourdir les pieds et il disait: « Chah! Chah! En Nesma! » (Quelle fraîcheur).  Personne n'à jamais vu Sa'adani prendre un bain dans la mer. Tout au plus, il restait debout juste au bord de la mer et laissait les vagues douces caresser ses pieds.  Yerhamou! Nous les enfants mettions aussi les pieds dans l'eau et nous disions ensemble « Chah! Chah! En Nesma! » Quel Kif! 

Les soirées que nous n'allions pas à la plage, on restait en famille ; la cour de la maison était en marbre ; les femmes de la famille la lavaient tous les après-midis, elle devenait fraiche et agréable ; ensuite on étalait des Klims tout autour pour s'allonger et écouter les chants que mes tantes chantaient ; on installait près de la balustrade du côté extérieur le piano de ma tante qui était belle aux yeux bleus. Chacune de mes tantes chantaient à tour de rôle. Maurice les suivait et les  accompagnait de son luth. Ma tante jouait de la darbouka (tambour tunisien) et Lalou, le mari de ma tante,  jouait du piano.

Les jeunes cousines dansaient les danses orientales aux applaudissements des grands.  Les femmes plus âgées nous gâtaient de grillades des merguez avec de la Boukha Boukhobza ; ensuite c'était le tour des amandes et des gâteaux orientaux comme le makroud, roh-el-Bay, des dattes, des noix, des glibettes etc. Ces soirées nous donnaient l'occasion de chanter ensemble et c'est ainsi que nous  apprenions entre cousins et cousines les nouveaux chants. Nous chantions les chants  de Louisa Tounsia, d'Ali Eriahi, d'Abdelwahab et de Farid el Atrache et tant d'autres chants.

Dans toute cette grande maison il y avait deux familles musulmanes qui vivaient avec nous et partageaient toutes nos joies, nos ambiances et nos nourritures. Ces familles aimaient beaucoup papa et maman car nous venions de Béja et nous parlions un arabe qui était plus rapproché du leur. Je me souviens encore de Wourida et son mari Salihou. Ils avaient une fillette de notre âge qui était amoureuse d'un de mes cousins, mais cela n’était que platonique. Les enfants jouaient ensemble et nos parents avaient des relations de bons voisins ; en fait nous étions comme une grande famille.  En 1942 ces plaisirs étaient interrompus par l’arrivée des Allemands en Tunisie. C’était pour nous la guerre qui commençait.
.
.Copyright 2013 .Emile Tubiana
 

 

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