Le jour du Combat entre Pilote Anglais et Pilot Allemand
Un jour, j’assistais avec tant d’autres, Arabes et Juifs, a un combat aérien singulier. Nous le suivions stupidement comme si nous suivions un match de football. Les pilotes s’efforçaient de placer leur appareil derrière celui de l’ennemi pour avoir une cible dans les conditions les meilleures. Dès que l’un d’eux réussissait ce tour de force, suivant le cas, les Arabes ou les Juifs applaudissaient. Ce spectacle m’attristait.
Personne ne se rendait compte que ces deux hommes luttaient pour leur vie car l’un d’eux devait être abattu, mourir et ne plus voir les siens. C’était une folie d’espérer qu’ils arrêteraient le combat. Mais voila que l’Anglais se trouve derrière l’Allemand, il tire, l’avion est touché, une énorme fumée noire s’en dégage ; il pique au sol en vrille ; c’est affreux ; je respire quand je vois le parachute de l’Allemand s’ouvrir. Il sera sauf, prisonnier certes, mais il reverra sa famille. Le pilote anglais n’est pas satisfait. Il fonce vers le parachute, la cible est facile, une petite mitraillade, la tête de l’allemand s’abat sur sa poitrine et c’est un corps inerte, telle une masse de plomb, qui s’écrase sur le sol.
Soldats anglais et refugiés juifs se précipitent pour ramener le corps du pauvre pilote qui est mort pour sa patrie, ou pour la liberté. En fait il est mort parce que ses chefs avaient décidé ainsi. Une petite bible se trouvait dans une de ses poches ; elle n’avait rien pu faire pour lui. Le pilote anglais en avait une aussi, cela ne faisait aucun doute. Je me demandais en quel Dieu ces deux hommes avaient fait confiance ; le même, probablement.
L’après-midi durant une brève cérémonie, un peloton anglais tirait trois salves pour rendre hommage au mort. Quelle comédie ! On vient d’enterrer à nouveau Jésus.
Les parents recevront un beau papier leur annonçant : « Votre fils est porté disparu » ou « Votre fils est mort pour la patrie ! » Ils ne le reverront plus jamais. Moi je l’ai vu vivant, puis mort. Il était jeune ; il a connu la mort avant de connaître la vie.
Copyright Emile Tubiana