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Emile M Tubiana

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L’HÉRITAGE
by Emile M Tubiana
Thursday, December 26, 2013

Rated "G" by the Author.

       
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     En effet, la sensibilité, le silence et la patience nous aident à trouver le chemin qui est en nous-mêmes.

 Bien après le départ de mes chers parents je me suis rendu compte qu’ils m’avaient laissé un héritage culturel et spirituel qui en son temps ne me paraissait pas important. Ce n’est que des années après leur départ de ce monde, que je commençai à évaluer sa portée. Les décès de ces êtres se passaient en silence sans qu’on puisse échanger un mot. Ceux qui partent et ceux qui les entourent n’osent pas penser ou accepter leur fin sur terre, mais la douleur des vivants se fait sentir. Chacun souffre à sa façon dans la solitude. Seul le temps peut cicatriser la peine.

Des années ont passé depuis que toutes les personnes que j’aimais nous ont quittés l’une après l’autre. Elles ont laissé le corps qui leur avait servi durant de longues années. Ce n’est que maintenant que j’essaye de mettre par écrit mes sentiments de jadis, que j’avais pensé garder pour moi seul.

Ces êtres m'ont enveloppé de leur amour et m'ont enrichi de leurs expériences. Ils m'ont laissé des belles et précieuses histoires pour les générations à venir. 

 « Nous ne nous rendions même pas compte que nous vivions dans la grâce avec nos concitoyens », me disait mon ami d’enfance Brahem.

Aujourd’hui, après tant d’années, je me rends aussi compte combien nos obligations quotidiennes nous préoccupaient et nous privaient du plaisir de laisser libre cours à nos mémoires. On est tellement pris par les soucis du jour qu’on devient insensible tant au passé qu’au présent. Hélas on ne reconnaît le présent que lorsqu’il devient passé. Mais devant la perte d’un de nos chers aînés, toutes les obligations nous paraissent aujourd’hui banales. Il ne nous reste qu’à donner du respect à la personne qui est partie en assistant ses proches et en gardant son esprit vivant par tout ce qu’elle nous a laissé.

Nous devons parfois passer l’absurde pour nous confronter àla vérité. Rien n’est aussi cher qu’une mère, un père ou des frères et des sœurs. Nous pensons souvent qu’il est nécessaire de faire ceci ou cela, mais rien n’est plus important que la famille. C’est le premier maillon d’une chaîne, à laquelle nous étions physiquement et directement liés, qui se détache, lorsqu’un de nos proches nous quitte. Ce n’est qu’une fois les choses passées que l’on se rend compte du degré de leur importance.

 Nous sommes bridés par les chaînes de l’existence matérielle, par la peur de l’inconnu, par des souffrances que nous avons connues, par nos propres expériences et par mille et une choses qui en réalité n’ont aucune importance. Nous sommes ainsi inconsciemment hantés par les soucis du lendemain. La peur nous paralyse et nous prive de nos meilleures facultés. La peur n’a jamais fait de bien à personne. Elle nous fait prendre des décisions avec hâte et sans réflexion. Elle nous diminue et essaye de nous ensevelir jusqu’à être presque à sa merci. Parfois elle nous sauve quand elle nous retient de faire quelque chose qui pourrait être nuisible.

J’ai vu le départ de mes grands-mères et grands-pères, de mon père, de ma mère, de mes tantes, de mes oncles, et d’autres membres de la famille, des amis ou simplement des personnes qu’on a connues dans un moment ou un autre. Certes ils nous ont manqué parfois même de leur vivant, dû à l’éloignement ou tout simplement par manque de temps. Maintenant ils nous manqueront pour la durée de notre vie sur cette planète. Ainsi c’était pour tous les vieux membres de la famille, puis pour les amis que nous aimions et que nous avons vus passer l’un après l’autre. Les scènes tristes se répètent tous les jours, une fois pour l’un, une fois pour l’autre et la vie continue.

Aujourd’hui je regrette de n’avoir pas eu l’occasion de partager longuement leurs histoires et de poser les questions qui ne me venaient pas à l’esprit lorsqu’ils étaient encore parmi nous. Il fallait leur dédier plus de temps et d’attention, ceci aurait ajouté une richesse aux trésors spirituels qu’ils nous ont laissés.

Aujourd’hui seulement nous réalisons qu’ils ne nous ont pas vraiment quittés et parfois nous sentons leur présence en nous-mêmes. Leurs histoires, leurs chansons de geste, leurs paroles de sagesse, leurs proverbes et leurs expressions nous accompagnent. Ils les font revivre en nous dans les moments de besoin. Ils ne sont plus physiquement avec nous, mais ils vivent en nous. Ils nous paraissent aujourd’hui plus proches de nous qu’ils ne l’ont jamais été. Aux moments de tristesse on ne sait pas toujours exprimer ce que l’on ressent au fond de son cœur.

C’est ainsi que j’avais pensé formuler ma prière en plongeant dans le passé et en faisant revivre mes sentiments pour ces êtres à travers leurs histoires ou leur façon de vivre, en relatant un épisode ou un autre. Je suis retourné dans mon pays et dans ma ville pour revoir les choses dans l’esprit de jadis. Ils nous ont laissé un héritage qui seulement, après tant d’années, nous dévoile son vrai sens et sa juste valeur. C’est ainsi que je pense exprimer ma gratitude envers tous les êtres que j’ai connus.

Nous devons d’abord vivre nos propres expériences, pour pouvoir mieux distinguer le vrai du faux, le bon du mauvais. Certes il y a l’histoire qui nous sert aujourd’hui de leçon, que ce soit celle apprise à l’école ou dans les universités ou simplement celle qui nous a été transmise de vive voix. Mais il y a aussi les histoires de chaque pays, de chaque peuple, de chaque famille et de chaque être, même si celles-ci représentent un témoignage familial, elles constituent tout de même des preuves de mémoire individuelle et collective.

Je ne peux pas raconter l’histoire de chacune des personnes que j’ai connues, même si je l’aurais voulu, car il me manquerait les détails de l’une ou de l’autre. Le mieux que je puisse faire pour mes enfants, pour la future génération et pour les êtres qui ont les mêmes affinités que moi, c’est de relater les choses qui m’ont aidé à vivre mes propres expériences et qui m’ont aidé à trouver mon chemin. C’est à eux que je m’adresse. Chacun jugera par lui-même ce qui est à prendre ou à laisser.

En somme, chacun doit passer ses propres expériences et ce ne sont qu’elles qui comptent. Il a fallu que je plonge parfois à travers plusieurs générations et à travers différentes époques que j’ai connues. J’ai même plongé dans l’histoire lointaine pour extraire certains faits, afin de donner une certaine authenticité qui permettra à chacun d’extraire ce qui sera pour lui le plus essentiel.

Je me suis appliqué surtout à faire ressortir ce qui pourrait servir de trait d’union entre différentes époques, différents peuples et différentes personnes. Que ce soit notre histoire ou celle des autres, elle renferme en elle beaucoup de bons et de mauvais exemples qui contiennent des vérités. J’ai préféré chercher ceux qui me semblaient bons, ceux qui pourraient unir et ceux qui pourraient nous enrichir. Le choix est donné à chacun de prendre du tas de ces exemples ceux qui pourraient l’aider dans sa vie. Si nous devions nous poser des questions, pourquoi ce fut ainsi et pas autrement, ou ne nous arrêter que sur le négatif, nous nous bloquerions nous-mêmes les voies qui pourraient nous conduire vers la vie de demain et vers la vie tout court.

Tout n’est pas parfait dans la vie mais tout n’est pas imparfait non plus. Il ne peut y avoir qu’un seul parfait. C’est à nous de savoir discerner le meilleur qui nous entoure et qui nous saute aux yeux. Regardons un peu la nature, les belles fleurs, les oiseaux, les belles musiques, les belles peintures, la littérature, l’art de vivre, les belles choses qui nous font plaisir. Ce n’est qu’alors qu’on se rend compte que les questions que nous nous sommes posées sont fausses à la base. Il faut enfin les rédiger autrement pour trouver la juste réponse. Notre devoir est d’aspirer au parfait sans se soucier des résultats. L’essentiel est de faire de son mieux. Le reste il faut le laisser à la grâce.

En fouillant dans ma mémoire et surtout dans mes sentiments les plus profonds et les plus honnêtes, je retombe dans mes origines, car c’est bien en elles que je peux puiser mes forces. L’origine de l’homme commence d’abord par lui-même, puis par la famille, par la ville où il est né et ce n’est qu’ensuite qu’il cherche le peuple ou la nation auxquels il appartient. Chez les Juifs ces rapports sont complexes. On se demanderait si les millénaires ou les siècles passés sont les plus proches. Est-ce l’appartenance religieuse, nationale, ou l’action de soi-même qui déterminera notre futur et notre existence ? Est-ce l’histoire des générations que nous connaissons ou celle du destin de notre peuple qui nous dictera le chemin à suivre ? Est-ce les peuples avec lesquels nous avons une langue commune ? une culture commune ? une musique commune ? un mode de vie semblable ? ou d’autres qui sont reliés à nous par l’histoire ? par la religion ? ou encore la nation où nous vivons actuellement, qui détermineront notre futur ?

Le choix est très vaste et compliqué. Plus le choix est grand, plus notre décision est incertaine. Il tient à nous de discerner et de donner priorité selon notre volonté, parfois juste et parfois fausse. Les meilleures décisions que j’ai prises dans le passé ont été celles que j’ai prises par nécessité. La nécessité est la loi de l’univers. Mon père disait :

 « Es Sbab Y Kasser Es Slassel Lahdid. » (La nécessité brise les chaînes en fer.) Une fois que nous avons pris conscience des faits, c’est là où il faut être honnête avec soi-même et les autres, sans chercher à vouloir plaire ou jouer la comédie, car dans le fond c’est à nous-mêmes que nous devons en fin de compte répondre pour être en paix avec notre propre conscience.

Il suffit de faire une petite promenade à travers les diverses expériences que nous avons passées, à travers les années et à travers les histoires vivantes que nous avons vécues ou connues, pour constater que les êtres que nous avons connus sont vivants et nous accompagnent tout le long du chemin que la vie nous fait parcourir. C’est ainsi que nous constatons que nous avons en fait un énorme héritage dans lequel nous pouvons puiser selon nos besoins quotidiens. Une source inépuisable d’eau claire est constamment à notre disposition, en bref, des trésors cachés.

 L’essentiel est de reconnaître tous les sentiments en nous. Chaque sentiment est une force indépendante sans conscience. C’est à nous de savoir les diriger de sorte qu’ils soient tous unis avec notre conscience. C’est ainsi que nous réalisons que grâce à ces sentiments notre conscience s’enrichit d’un pouvoir considérable.

Ce qui me paraît aujourd’hui remarquable, ce sont les bons liens qui ont existé entre les diverses communautés de notre ville. L’existence même de la société ouverte qui était composée de diverses nations, ethnies et confessions était la base de la mosaïque de la société tunisienne. Ce sont les souvenirs de nos expériences qui nous animent. Ce sont les liens de famille ou de notre enfance qui nous réveillent. C’est bien le pays où nous sommes nés qui nous relie, car c’est là que se trouvent le début de l’enfance et la pureté de notre être.

S’il n’est pas possible de revivre sur son sol natal pour des raisons de famille, sociales ou autres, la terre qui nous a vus naître est aussi un héritage qui mérite d’être soigné. Même si nous vivons actuellement parmi d’autres sociétés, sous d’autres cieux, les souvenirs de notre enfance nous accompagnent. On ne peut effacer d’un coup d’éponge des siècles de vie harmonieuse et paisible, pour une raison ou une autre. Il faut pardonner à ceux qui ont commis des erreurs envers nous. Il faut être honnête afin d’éviter de fausser les faits de notre histoire. Nous sommes nous-mêmes une part intégrale de cette histoire. Chacun a des membres de sa famille enterrés ici ou là. Mon père disait :

 « En respectant les morts on respecte les vivants. » Il y a aussi un héritage physique et visible de tout ce que nos ancêtres nous ont laissé. Il serait bien de le mettre en valeur, ne serait-ce que pour nos enfants et nos arrière-petits-enfants d’abord, ensuite pour les habitants de la ville et après pour les autres et pour l’histoire.

La vie humaine est trop précieuse pour la gaspiller. Chaque société peut assurer l’existence de chaque être humain, si elle sait développer ses ressources. Chaque pays peut créer le bien-être de son peuple, s’il ne perd pas de vue les besoins fondamentaux des pauvres, des malheureux et des infirmes. Ceux-ci ont besoin d’une aide pour vivre avec dignité et le respect de soi. Leur bien-être déterminera le nôtre dans tous les domaines. La richesse est bonne si ceux qui la possèdent savent l’utiliser sagement. Plus il y a de riches, plus le niveau de vie de tous s’élèvera. Il est de notre devoir d’aspirer à la richesse afin de garantir le minimum nécessaire à chaque être humain.

Mon père disait :

 « Le Fqar Men Rabi Ouejoua’ Ouel Oussakh Mechitan. » (La pauvreté est de Dieu et la faim et la saleté sont de Satan.)

Moi je préfère dire :

 « Le Fqar Mesbeb Oueljoua’ Ouel Oussakh Mel A’bed. » (La pauvreté dépend des circonstances mais la faim et la saleté dépendent de l’homme.)

Que chacun de nous revoie dans sa mémoire et dans ses souvenirs les exemples positifs de ses parents. Leur conduite est le meilleur exemple pour la nouvelle génération. Nous avons hérité des valeurs et des trésors cachés sous forme de traditions, de récits, d’expressions ou de proverbes. Il est très important, à notre tour, de les transmettre à notre descendance, bien que ces valeurs se trouvent constamment menacées par le volume d’information, qui plonge les nouvelles générations dans des tourbillons, dont seuls les plus forts et les mieux équipés pourront se sortir.

Ceux qui vivent dans leur pays d’origine et entourés de leur famille et de leurs compatriotes sont plus ou moins protégés des influences négatives. Du moins j’espère que ces jeunes sauront faire le tri et retenir ce qui est bon pour leur bien-être. Pas tout ce qui est ancien est bon et pas tout ce qui est nouveau est mauvais. La nouvelle génération a besoin de la stabilité pour pouvoir se développer et s’épanouir.

Je m’estime heureux d’avoir connu plusieurs siècles à la fois. J’ai vécu le dix-neuvième siècle, ou plutôt ses conditions avec mes arrière-grands-parents et mes grands-parents, le vingtième avec mes parents et à l’école. J’ai connu la vie parmi les Bédouins, parmi les Arabes, parmi les Juifs, parmi les Français, parmi les Allemands, parmi les Italiens, parmi les Anglais et parmi les Américains. J’ai appris leurs modes de vie, leurs langues et leurs cultures. Toutes ces expériences ont enrichi mon âme et ont élargi mes connaissances. Elles m’ont ouvert de nouveaux horizons. Ainsi j’ai appris à distinguer entre ce qui est bon et beau et ce qui ne l’est pas, ce qui est juste et ce qui est faux, ce qui est agréable et ce qui ne l’est pas, ce qui mérite mon attention et ce qui ne la mérite pas. Parmi ces peuples j’ai connu des gens riches et pauvres, généreux et mesquins et j’ai constaté qu’il y a de quoi apprendre de chaque peuple.

 Aujourd’hui plus que jamais les êtres humains ont besoin les uns des autres. Nous vivons dans un monde où l’entente et la coopération entre les peuples deviennent les meilleurs outils pour la paix et la prospérité. Il est certain qu’on ne peut pas traduire exactement en français ce qui a été pensé en arabe, car chaque peuple pense dans sa langue et selon sa culture. Toute traduction n’est qu’un effort vers l’entente, qui ne peut réussir qu’avec la bonne volonté, la tolérance, le respect de la dignité de l’autre. La patience et la considération de l’un pour l’autre jouent un rôle déterminant pour l’entente et l’amitié.

J’ai trouvé que le beau et le doux, l’agréable et le juste naissent de la même source. Cette source est en nous et elle est toujours à notre disposition. C’est à nous de la découvrir pour pouvoir puiser en elle à volonté.

Mon père disait :

 « Ma Yà’ref el Kar oucan Eli A’ndou Lemhass. » (Ne connaît la valeur que celui qui a de la sensibilité.)

En effet, la sensibilité, le silence et la patience nous aident à trouver le chemin qui est en nous-mêmes.

Copyright Emile Tubiana

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Reviewed by Jane Noponen Perinacci 1/8/2014
Oh, I have gentle, joyful tears in my eyes as I do feel the same way you feel about family. What you write here is lovely!

Love ya!

Jane
Reviewed by Budd Nelson 12/27/2013
wonderfully done Emile
budd

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