La pauvre institutrice de notre jardin d'enfants! Elle aimait tant l'école
Elle était restée vieille fille. Elle n'avait pas connu les sentiments d'une mère. Elle n'avait pas la vie facile avec nous. Mais elle était toujours indulgente. «Oh! mon Dieu! Oh! ces petites bêtes!» s'écriait-elle, effrayée, quand elle découvrait les sauterelles que nous déposions sur sa table. De la voir frémir nous amusait follement Le lendemain, nous lui apportions des fleurs, comme pour nous faire pardonner. Nous l'aimions bien, notre institutrice! Les sauterelles, les oiseaux, les fleurs nous divertissaient beaucoup; nous ne voyions rien de mal à cela; c'était bien naturel.
«Vous êtes des petits diables, mes enfants! Mais je vous aime bien car vous avez du cœur, » nous disait-elle. Nos journées se passaient tantôt en classe, tantôt sous le préau. Nous aimions jouer sur le sable et construire nos châteaux. C'est dans ce préau que nous avions appris nos premières chansons «Au clair de la lune», «Sur le pont d'Avignon». Elles nous plaisaient, mais nous ne réalisions pas encore ce que signifiait «Avignon». Notre maîtresse voulait nous faire connaître la culture française et la France à travers ces chants. Mais tout cela était bien loin de nos pensées et du monde qui était le nôtre. Quand la cloche sonnait, nous quittions nos châteaux pour entrer dans le monde de nos aînés. Les parents nous attendaient à la sortie. Nous étions encore trop petits pour connaître le chemin de nos maisons. Quand nous serons grands, nous ferons de même avec nos enfants. Après tout, c'est dans un autre monde que nous nous trouvions; les grands ne sauraient pas aller sans notre aide dans celui des petits. Nous devions apprendre leur langage pour pouvoir nous exprimer. Nous savions ce que nous voulions, mais les grands ne pouvaient nous comprendre. Nous les petits, nous étions comme des étrangers qui doivent apprendre les coutumes et la langue du pays où ils s'installent. Tous, autant que nous étions catholiques, musulmans, juifs, nous parlions le même langage; nous nous comprenions; ce qui nous liait le plus était cependant le fait que nous étions du même âge.
Lorsque nous étions passés à la première classe élémentaire, nous avions grandi. Nous comprenions un peu plus le langage des grands. Nous découvrions petit à petit l'univers de l'alphabet et des chiffres. Nous les apprenions par cœur. Nous ne savions pas à quoi ils pourraient servir, mais nous avions aussitôt compris que nous commencions à entrer dans le monde compliqué des grands. Ce monde nous mènera peut-être dans des chemins inconnus. Nos Instituteurs ne savaient pas répondre aux pestions que nous leur posions. Ils nous répondaient toujours à côté, ou par des mots qui nous semblaient étranges, comme « péché », « défendu », « interdit », « pas permis » qui étaient à la base de leur vocabulaire quotidien. Aucune explication ne nous était donnée pour comprendre ce vocabulaire inconnu; c'était à nous de deviner. Ce fut par hasard que j'appris ce que signifiait le mot « péché ». Je m'amusais avec ma petite voisine; l'envie nous prit nous mettre nus. Nous ne savions pas ce qu’était pour les grands le « bien » ou « mal ». Maman qui nous avait aperçus dans cette tenue, nous gronda et nous dit: « C’est péché de rester nu ». Nous comprimes alors que ce qui ne plaisait pas à nos aînés était mal, péché ou interdit; se mettre nu en faisait partie. Depuis, nous continuions nos jeux loin des yeux de nos aînés. Ainsi nous devenions de braves enfants. Tout ce qui était fait en cachette était permis. Il suffisait de veiller à ce que les parents ne nous surprennent pas. Et si par hasard, à notre tour, nous surprenions nos aînés nus, nous devions faire semblant de ne pas les voir. Nos parents, nos instituteurs, nos maîtresses étaient nos meilleurs exemples. Ce qui leur était permis nous était automatiquement permis. Nous avions eu du mal à saisir les règles de jeux des grands. Nous finîmes par les comprendre à notre façon. En fait, tout était permis; l'essentiel était de ne pas se faire surprendre. Nos professeurs et nos maîtresses, eux aussi respectaient ces règles. Ils s'embrassaient dans les coins ou dans le jardin de l'école. Et quand nous les apercevions, nous faisions demi-tour car il ne fallait pas voir ce que nous ne devions pas voir. Les voir était interdit, et faisait partie de ces règles. Quand nous serons grands, nous adopterons ces règles et peut-être en créerons-nous de nouvelles. Il est probable que n'importe quelle règle que nous adopterions ne serait pas la bonne. Car pour trouver la juste mesure, il faudrait d'abord connaître les limites du sens de « bon » et de « mal ». Ce qui est bon pour nous n'est peut-être pas bon pour les autres. Et ce que nous considérons comme « mal » est peut-être « bon ».
Aujourd'hui, les super grands vont jusqu'à explorer la lune et demain je ne sais quelle planète. Un fait est certain, nous connaîtrons la lune ou la planète Mars sans avoir encore connu nos cœurs et ceux de nos voisins. Les petits n'ont besoin ni de bateaux, ni de fusées pour explorer leur monde car le leur n'est pas si loin. Ils ne sont pas hostiles aux grands; chacun de nous peut explorer leur monde s'il le désire, mais pour cela il nous faut oublier que nous sommes grands. Il n'est pas facile de redevenir petit mais c'est la seule condition pour pénétrer leur monde si pur. C'est moins compliqué qu'on ne le pense. Après tout il ne faut ni passeport, ni argent, ni diplôme et ni bagages. C'est simple. Mais nous devons penser simplement, sans malice et sans intrigues. Nous devons nous libérer de tous les fardeaux que nous traînons depuis longtemps. Nous devons être nous-mêmes et reconnaître notre juste valeur car dans le monde des petits les rôles sont attribués sans se soucier de la hiérarchie. L'essentiel c'est d'être dans le jeu.
Extrait du livre « L’enfance gagnée » publié en 1977 qui sera à nouveau publié après la publication de la traduction en langue anglaise.
325 letters my father wrote to my mother during his time in World War II.
Woven together in a timeline of events of three of his brothers, 5 brothers-in-law, and one cousin, all 10 of them were in WWII at the same time.
If you think you know Delaware, think again. Pirates? Quakers fighting with Pennsylvania? Towns so ugly no one would settle there? With stunning pictures and straightforward storytelling, Dave Tabler opens hidden passages and describes defining momen