Les vrais amis
Il y avait une fois quatre amis qu'on voyait toujours ensemble jouer aux cartes. Roger était très riche, Pierre était bourrelier et avait son propre atelier, Jean était un simple employé de poste et Michel était peintre, mais il était souvent chômeur. Mais les quatre amis étaient très attachés l'un à l'autre et malgré leurs différents niveaux sociaux ils s'entendaient très bien, surtout parce qu’ils jouaient toutes les semaines aux cartes ensemble.
Un jour Pierre, le bourrelier, tomba malade. Ses amis, Michel le chômeur et Jean l'employé de poste, allèrent lui rendre visite. A leur grand désarroi ils découvrirent que leur ami, qu'ils croyaient être plus aisé qu'eux, était démuni de tout meuble et que sa femme n'avait même pas de quoi lui acheter des médicaments, ou de quoi lui faire une soupe. Elle expliqua aux deux amis que depuis plus de trois mois il n'avait pas eu de quoi acheter de la marchandise pour exercer son métier.
Son état de santé était lamentable et il nécessitait d'urgence une aide financière. Les deux amis se conseillèrent ensemble, comment aider leur pauvre ami, qui jusqu'à ce jour-là ne leur avait jamais refusé quoi que ce soit. Le chômeur eut une idée et dit à son ami :
« Allons voir notre ami Roger, il sera certainement en mesure de donner une aide, même ne serait-ce que sous forme de prêt, en attendant que notre ami guérisse de sa maladie et reprenne son honorable métier. »
Les deux amis se dirigèrent vers la maison de leur riche ami, qui était veuf et avait une fille de seize ans. Arrivés à la maison du riche, ils montèrent les quelques marches qu'il y avait devant la porte de la maison et lorsqu'ils arrivèrent sur la plate-forme extérieure, ils entendirent Roger faire des reproches à sa fille :
« Mais comment oses-tu allumer le feu avec deux allumettes ? Tu veux me ruiner ? Te rends-tu compte combien deux allumettes coûtent ? » Jean, en entendant ces rudes paroles, que leur ami, qu'ils considéraient beaucoup, venait d'adresser à sa fille, dit à son ami, qui l'accompagnait :
« Oh, là-là, s'il crie pour des allumettes, c'est qu'il n'a plus rien ! Faisons demi-tour, car il ne pourra certainement pas nous donner de l'argent pour notre pauvre ami malade. » Lorsque celui-ci voulait descendre les escaliers, son ami Michel lui dit :
« Arrête, nous allons quand-même frapper à la porte et s'il nous refuse, et bien on saura qu'il n'est pas un ami, et si vraiment il n'a plus d'argent comme il le dit à sa fille, alors on aura encore un ami pour qui nous devrons nous soucier. Si nous sommes déjà là, autant connaître la vérité. » Son ami l'écouta sans dire un mot, puis il répliqua :
« Je crois que tu as raison, on ne sait jamais, allons-y. » Les deux amis frappèrent à la porte, leur riche ami leur ouvrit et dès qu'il les vit, il fut d'abord étonné, puis il les reçut avec une gentillesse extraordinaire.
« Entrez, mes chers amis, entrez, qu'est-ce qui vous amène ici? J'espère qu'il n'y a rien de grave ? » Michel était stupéfait de l'aimable accueil que leur réserva leur riche ami et lui dit :
« Oui, mon cher Roger, c'est la raison pourquoi nous sommes ici. Notre ami Pierre est mourant ! »
« Qu'est-ce que vous dites ! Mon Dieu, que puis-je faire pour aider ? »
« Nous étions sur la plate-forme lorsqu'on t'a entendu faire des reproches à ta fille d'avoir allumé le feu avec deux misérables allumettes. Nous étions presque prêts à repartir. »
Le riche répondit :
« Mais pourquoi aviez-vous cette idée de rebrousser chemin ? » Jean lui dit :
« En réalité nous sommes venus pour te demander une aide urgente pour notre ami Pierre ! » Roger répliqua :
« Mais vous avez bien fait de venir ici, c'est la moindre des choses, Pierre est un très bon ami et il ne faut surtout pas le perdre à cause d'une maladie, il faut absolument le sauver. » A ces paroles, Jean sauta sur l'occasion et lui dit :
« Oui, mon cher ami, nous savions que l'on pouvait compter sur toi. » Roger tout bouleversé, continua :
« Combien vous faut-il ? » Michel fit spontanément :
« Oh, pas beaucoup, environ dix mille ou quinze mille francs, c'est tout ! » Roger sortit
de sa poche quinze mille francs et les tendit volontiers en disant :
« N'avez-vous pas besoin de plus ? » Jean intervint à son tour :
« Mon cher ami, j'ai une question à te poser. »
« Vas-y, » fit Roger. Jean continua :
« Nous ne comprenons pas quelque chose. On t'avait entendu crier sur ta fille pour deux malheureuses allumettes alors que tu nous donnes sans hésitation quinze mille francs ? » Le
riche fit un sourire et leur dit :
« Maintenant, je comprends, mais là j'étais en train d'éduquer ma fille, car si lorsqu'elle sera mariée, bien sûr à un homme riche, mais que pour une raison ou une autre la situation changerait et ils deviendraient les deux pauvres, il faut qu'elle sache faire des économies et pouvoir allumer le feu avec une seule allumette. » Les trois amis se mirent à rigoler et ensuite, les deux quittèrent le troisième et tout joyeusement retournèrent chez leur ami malade avec des paniers pleins de victuailles et des médicaments nécessaires. Le reste de l'argent ils le remirent à la femme de Pierre.
Leur dévouement et le don généreux de Roger a donné courage à Pierre, qui ne tarda pas à se rétablir, à reprendre ses forces et à retourner à son travail. Après quelques semaines les quatre amis se retrouvèrent à nouveau autour d'une table et reprirent leur jeu de cartes.
Ensemble ils se souvenaient du passé comme d'un mauvais rêve car cette épreuve a consolidé leur amitié.