Un couple juif de bonne famille se préparait pour les fêtes juives de Pâques qui s’approchaient. Cependant, leurs ressources n’étaient pas formidables. Le mari s’appelait Raymond et la femme s’appelait Rachelle. Ce couple ne perdaient ni le courage ni la foi. A l’approche des fêtes juives de Pâques (Hag hapessah) le mari demanda à sa femme :
« Rachelle, qu’allons-nous faire, la fête de Pessah approche et notre bourse diminue de jour en jour? » Sa femme réfléchit un moment et lui répondit d’un ton agréable et doux :
« Nous ne sommes pas d’une mauvaise famille et Dieu le sait bien, il nous enverra un petit miracle et tout ira bien. » Raymond qui entendit sa femme, bougea sa tête pour ne rien dire.
En attendant, le mari avec les derniers sous alla au marché de bétail pour voir ce qu’il pouvait avoir avec sa médiocre fortune. Le marché était bondé de marchands et d’acheteurs. Après avoir exploré tous les animaux en vente il trouva un mouton mignon et petit. Sans perdre de temps il acheta le gentil mouton d’un fermier qu’il connaissait bien. Il avait décidé de ne rien dire à l’avance à sa femme.
N’ayant pas assez de fonds nécessaires pour passer les fêtes de Pâques comme il est de coutume juive en Tunisie, soit de peindre la maison, faire le nettoyage général, laver les ustensiles de cuisine, les marmites etc., etc., afin que tous soit propre et cacher pour recevoir la fête historique, il marcha devant lui avec son mouton, sans savoir quoi faire. Le long du chemin, tout en allant avec son mouton, un juif qu’il connaissait l’approcha et lui dit :
« Raymond, c’est ton mouton pour les fêtes de Pâques ? » Raymond répondit :
« Oui c’est bien ça. » Ce bonhomme, dont la bourse n’était pas meilleure, lui demanda :
« Raymond, ce n’est pas trop un mouton pour toi et ta femme ? » Raymond répondit calmement :
« Oui, c’est un peu trop. » Cet homme, qui s’appelait Albert, lui dit :
« On se le partage ? » Raymond répondit :
« Oui » Albert lui demanda :
« Combien as-tu paye pour ce mignon mouton? » Raymond innocemment lui dit :
« 500 francs »
« Albert lui tendit la moitie de la somme et lui dit :
« Je viendrai prendre ma moitié un jour avant Pâques » Puis il continua son chemin »
Quelque mètres plus loin il rencontra un autre bonhomme qui vit le mouton de Raymond et lui posant la même question, fit :
« Raymond, c’est ton mouton ? » Raymond avec un flegme lui dit :
« Oui »
Dans l’absence de Raymond, le père de sa femme entra à la maison pour voir si tout allait bien chez sa fille, car il envisageait passer la fête ensemble. La fille comme d’habitude embrassa son papa et voilà le papa qui demande à sa fille s’il pouvait faire les fêtes ensemble. Juste lorsqu’il disait ces mots, Raymond, le beau-fils, entra à la maison avec son petit mouton. Raymond vit son beau-père, le salua et alla au jardin avec son mouton. Le beau-père à qui rien n’échappe, salua Raymond et avant de sortir lui dit :
« Raymond, puisque tu as acheté le mouton, on se le partage et on fera la fête ensemble. » Puis il demanda le prix de ce mouton. Raymond, comme à l’habitude lui dit :
« 500 francs »
« Raymond, surtout ne t’inquiète de rien, on va bien passer les fêtes » lui dit le beau-père. » Raymond, qui était un excellent vendeur, dit à son beau-père :
« Toi qui connais le millionnaire Riki Yanzess, peux-tu me l’introduire ? » Le beau-père, qui aimait bien son beau-fils lui répondit :
« Justement, j’ai une commission à lui faire et je pourrais te l’introduire aujourd’hui même. » Raymond et sa femme qui entendaient ces propos se frottaient les mains de joie.
Le soir même Raymond se trouvait face à face avec le millionnaire, son beau-père qui l’avait accompagné et après l’avoir introduit a laissé Raymond seul avec Riki Yanzess. Raymond était très habille il fit une excellente impression sur Riki Yanzess. Ce dernier demanda à Raymond s’il avait besoin de quelque chose, à quoi Raymond répondit :
« Dieu merci, rien ne me manque ; j’aurai simplement voulu avoir un petit conseil. » Riki Yanzess, connaissant bien le beau-père de Raymond, lui répondit gentiment:
« Allez-y je vous écoute »
Raymond impressionné et n’en revenant pas de savoir que son beau-père avait une si importante connaissance, dit à Riki Yanzess :
« J’ai acheté un mouton pour les fêtes et tout en marchant j’ai rencontré des amis qui me demandaient si j’étais prêt à partager le mouton. Comme je n’osais pas dire non à des amis, je disais oui. Chacun de ces rencontres m’avait payé 250 Francs pour la moitié du mouton. Et maintenant que nous sommes bientôt devant la fête je voulais savoir quoi faire pour rendre la moitie du mouton alors que je n’ai qu’un seul mouton. » Riki Yanzess réfléchit un moment comment répondre à ce charmant jeune homme qui était le beau-fils de son ami et lui répondit :
« Combien de fois as-tu partagé ce mouton ? » Raymond, tout honteux lui répondit :
« A peu prés, j’ai vendu au moins vingt fois ou même un peu plus. » Riki Yanzess réfléchit un moment, puis il invita Raymond de venir avec lui dans sa chambre d’habits. Raymond ne connaissant pas l’intention de Riki Yanzess, le suivit. Raymond, presque ébloui par le nombre d’habits qu’il y avait, lui dit :
« Mais je n’ai pas besoin d’habits ! » Riki Yanzess, qui avait l’air d’estimer Raymond, lui dit :
« Raymond, si tu suis mon conseil, tu n’auras pas besoin de t’inquiéter. » Puis il continua :
« Essaye mon complet avec la veste et ma canne en or et tu vas voir. Tu me donneras les vingt pourcent de l’argent que tu as reçu. »
Une fois habillé avec ces habits de Riki Yanzess, Raymond se sentait déjà rassuré. Le jour de donner la moitié du mouton pour la fête arriva. Quand il sortit de sa maison, une foule l’attendait, chacun avec son sac. Tout le monde le reconnu et le premier s’adressa à Raymond. Soudain il se rappela des conseils de Riki Yanzess qui lui avait dit : « Tu répondras à la toute premières question ‘OUI’ et à la deuxième question ‘NON’. » Il entendait la voix de Riki Yanzess qui lui disait : « OUI et NON, rien d’autre. »
Raymond répondit à la premières question, « C’est bien vous, Raymond ? »
« OUI » dit-il. Puis son ami lui dit :
« Où est ma part de mouton ? » Raymond répondit :
« NON. »
Puis chacun lui disait, allons Raymond, que se passe-t-il ? Raymond répondait « OUI » et « NON ».
Apres que tous ses amis avait passé en tant que témoins l’un après l’autre et n’ont entendu que « OUI » et « NON » tous ces acheteurs n’en revenaient plus. En finale, toutes ces personnes décidèrent de prendre Raymond en justice.
Arrivé en justice, le juge lui demanda :
« Vous êtes Mr. Raymond ? Sa réponse était :
« OUI. »
« Vous avez reçu l’argent de ces bonshommes ? La réponse était :
« NON. » Après que le juge l’interrogea plusieurs foi, il finit par perdre patience et ordonna aux gendarmes de mettre tout le monde à la porte, y compris Raymond.
Le juge se pencha vers sa secrétaire et lui dit :
« Quelle bande de fous, ils viennent chez moi pour m’agacer ? »
Raymond, sa femme et son beau père passèrent une bonne fête avec de l’argent, du mouton et dans leur maison presqu’entièrement remise à neuf.
Le lendemain matin, Riki Yanzess frappa à la porte de Raymond et lui demanda de lui rendre sa veste et sa canne en or. Il lui dit :
« C’est moi qui t’a prêté la veste et la canne ! »
« OUI ! » fit Raymond.
« Rends-moi les ! »
« NON ! » fit Raymond.
« Mais c’est moi qui t’a enseigné quoi dire ! »
« OUI ! » fit Raymond.
« Alors rends-moi les ! »
« NON ! » fit Raymond.
« Tu m’as promis les vingt pourcent de l’argent ! »
« OUI ! » fit Raymond.
« Donne-moi les ! »
« NON ! » fit Raymond.
Riki Yanzess fini par perdre la patience et rentra chez lui.
Ainsi se termina l’histoire du pauvre et du millionnaire.
Copyright Emile Tubiana