|
La tolérance et le respect sont les bases qui permettent à l’humanité de trouver un dénominateur commun. Chacun de nous renferme en lui des qualités et les sentiments qu'il considère intimes et sacrés. Il ne les fait ressortir qu'à de rares occasions et quand les conditions le permettent. Parfois le manque de confiance déforme les sentiments les plus profonds et nous font apparaître comme indifférents. Les effets extérieurs nous préoccupent et nous privent de l'aptitude de pouvoir desceller les causes de nos problèmes. Normalement nous nous concentrons uniquement aux faits que nous pensons comprendre. Les faits sont visibles, audibles, et touchables.
Nous cherchons à savoir ce qui est loin, sans faire le moindre effort de nous connaître nous-mêmes ou de connaître le cœur de notre voisin. La beauté d'une fleur ne peut pas être appréciée si nous ne la voyons pas. Tout existe à travers nos sens.
L'être humain se sent fort de nature lorsqu'il connaît son sujet et il se replie sur lui-même quand il aborde un sujet inconnu. En somme c'est une faiblesse de ne pas respecter une autre culture. La faiblesse est dangereuse car elle invite l'homme à l'agression ou au rêve de la suprématie.
Aujourd'hui on reconnaît que la démocratie n'a pas le même sens dans chaque pays. Elle varie de peuple en peuple selon sa culture et son mode de vie. Ce qui est bien pour un peuple n'est pas toujours bien pour l'autre. L'essentiel est que les peuples puissent s'épanouir et s'accomplir selon leur façon de vivre dans la sécurité et la paix sans être soumis au mode de vie du plus fort ou simplement de l'autre.
Nous avons vu dans l’histoire qu’il a eu des gouverneurs de différentes tendances - certains, même démocrates, qui se sont conduits comme des dictateurs ou des rois, et aussi des rois et des dictateurs qui se sont conduits comme des démocrates. En conclusion les régimes politiques se ressemblent et ils diffèrent surtout par la personne qui gouverne, par son attitude et par la générosité de son cœur.
Certains pays ont donc agi dans l’intention de soi-disant aider les Pays Arabes, mais hélas, tout le monde le voit maintenant qu’au lieu d’aider ces pauvres Pays Arabes, dont je connais bien la culture, que ce soit la Tunisie, la Libye, ou l’Egypte, on les a jeté dans un désarroi, dans une misère et une ruine malgré la soi-disant bonne intention. Je comprends bien la raison de ces êtres qui ont voulu créer la démocratie ou le bien-être des habitants. Hélas ces peuples n’étaient pas prêts pour ce genre de changement, autant plus que ces changements demandaient des sacrifices humains. A mon avis c’était irresponsable de les tenter.
Qui se rappelle des beaux jours quand les Berbères, les Arabes, les Italiens, les Espagnols, les Juifs et les quelques Européens vivaient en bon voisinage, soit à Tunis, à Beja, à Gabes, à Sousse, à Kairouan et d’autres villes, que ce soit en Tunisie, au Maroc ou ailleurs. Chacun respirait l’air de la vie et chacun jouissait de cette vie avec très peu, comme à la plage, où chacun, les arabes, les Italiens, et les Maltais s’allongeaient cote a cote et jouissaient des brises de la mer, parfois accompagnés de certains qui apportaient leur luth, le biniou et la darbouka et ensemble nous passions des soirées heureuses. On se partageait des friandises, des briks des bonbolonais, des glibettes, etc. etc.
Voila ce que j’appelle la vie dans le calme et la démocratie, que ce soit sous le Bey ou sous n’importe quel gouvernement qui ne rentrait pas son nez dans nos affaires. Nous devons connaître la différence entre la démocratie et la vraisemblance d'une démocratie. Pas tout le monde sait comment faire la distinction entre un dictateur qui sait comment mener son peuple afin d'être aimé et un démocrate qui fait semblant de l’être. En réalité, afin d'éviter tout malentendu, lors de l'élection d'un président, d'un gouverneur, d’un maire ou d’un représentant du Congrès ou du Sénat, le candidat devrait démontrer par écrit ce qu'il a l'intention de faire s'il serait élu.
Notre système manque de clarté. Cela peut rendre les électeurs très malheureux et ils finissent par perdre la confiance. En finale, on peut dire qu’ils sont très rares, ceux qui ont le talent d’être des dirigeants capables et dignes de leurs postes. Pour que la vie sourie à chacun, il faut s’aimer l’un l’autre sans critique et sans insulte et être prêt a donner avec bon cœur des choses que nous avons de trop ou partager un repas ou même un sandwich avec son prochain. Vous verrez que la vie devient plus belle et plus douce.
J’ai tourné tant de pays et je me suis mêlé aux peuples que je n’avais jamais vus et j’ai trouvé que connaissant la langue ou pas l’être humain est bon de nature. Voila la démocratie que je souhaite à vous et à vos enfants, l’amour réciproque et la vie heureuse que j’ai connus partout dans le monde. Hélas, nous passons ensemble de la liberté à la sauvagerie, sans même nous rendre compte que le monde n’est plus le même. Regardez vous-mêmes autour de vous et partout dans le monde et vous allez me dire ca c’est la démocratie où les êtres se tuent au lieu de vivre dans la joie et la paix.
Maintenant je vis aux Etats Unis depuis bien longtemps. Honnêtement je peux le dire que je regrette la Tunisie qui m’a vu naitre ; plutôt je regrette la Tunisie d’avant guerre où tout le monde étaient des innocents et généreux. Peut-on dire la même chose de la Tunisie d’après guerre, ou la Tunisie d’aujourd’hui ? Je ne crois pas. Avant la révolution, j’ai visité, comme je l’appelle aujourd’hui, ma Tunisie. Ma foi, les maisons sont plus ou moins les mêmes. J’ai visité les places que je connaissais - rien n’avait changé. Ce qui manquait, ce ne sont pas les maisons ou les rues, ce sont les personnes qui animaient ce beau pays et qui nous donnaient la joie de vivre. Ce manque de la population, comme les Français, les Italiens, les Maltais, les Arabes, que l’on connaissait, les Bédouins innocents et naïfs qui donnaient un sourire aimable et gentil, comme s’ils nous connaissaient de loin, a laissé un vide.
Puis les bons voisins que l’on voyait tous les jours. Puis en plus, la sécurité sans même y penser, jouait son rôle extraordinaire, que l’on ne se rendait pas compte de leur présence, qui faisait une partie de nous- mêmes. Evidemment les amis, les membres de la famille. Puis, tout me semblait différent, que ce soit dans la nourriture ou en marchant dans les rues, desquelles émanaient une douceur agréable et un air doux qui pénétrait mes poumons. Aujourd’hui personne ne pourrait reproduire, ni la douceur d’alors, ni l’air pur, qui me semblait être un ami doux et agréable. Il me semblait aussi que les rues que j’avais connues n’étaient plus attirantes et manquait d’un quelque chose que personne ne peut décrire ou remplacer, soit les êtres qui n’existent plus. Celles-ci ressemblaient à un théâtre sans les acteurs. Un vide qu’on ne peut plus décrire, ce sont les mots qui nous manqueront.
Les religions sont aussi une façon de vivre qui aujourd’hui n’a plus les mêmes valeurs que nous connaissions avant. Nous avons évolué, je l’espère. Car la religion est bien pour les gens qui ne savent ni penser, ni aimer et créer la foi dans le cœur où l’être humain se sent libre, sans la critique ou la peur de Dieu, des prêtres, des Imams ou des Rabbins. La religion est surtout la foi que l’être humain ressent dans son for intérieur, sans peur ni crainte et tout lui sourit.
Moi j’aime tout le monde car nous sommes tous la création divine. Nous sommes minuscules devant l’univers, ou même devant les fleurs ou les oiseaux, sans les comprendre. Ils sont tous la création divine que personne ne comprend et ne peu comprendre, sans s’approfondir et aimer tout ce qui nous entoure.
Copyright 2014 Emile Tubiana
|